L’anthropologie hobbesienne fait l’objet, depuis quelques années, d’un intérêt renouvelé. Le point d’observation choisi par Ferrarin est celui d’une comparaison théorique entre la conception de la nature humaine exprimée par la pensée classique (en particulier platonico-aristotélicienne) et celle que Hobbes pose au fondement de sa propre théorie politique. Ce contraste – que l’A. évite opportunément de présenter comme une opposition abstraite entre antiquité et modernité – fournit à Ferrarin la voie d’accès qui lui permet de formuler une évaluation critique interne à la philosophie hobbesienne, sur la base d’une comparaison entre ses prémisses matérialistico-mécanistes et ses développements argumentatifs effectifs, entre les objectifs patents et les présupposés inexprimés, “entre les thèses intentionnellement avancées et la façon dont elles sont effectivement argumentées” (p. 18). L’enquête n’est donc pas de type historique mais proprement philosophique: son but déclaré est de faire émerger de la comparaison des diverses positions les coordonnées théoriques qui offrent une meilleure compréhension du discours hobbesien et de ses aspects les plus problématiques.

Le livre se subdivise en deux parties, presque indépendantes d’une de l’autre, consacrées respectivement à la pensée classique et à celle de Hobbes. Dans la première sont analysés dans le détail trois noyaux thématiques que l’A. choisit comme modèles auxquels comparer les réflexions hobbesiennes: le mythe de Prométhée raconté par Protagoras dans le dialogue homonyme de Platon (p. 29-65), le mythe des êtres humains sphériques et androgynes narré par Aristophane dans le Banquet (p. 67-96), la conception aristotélicienne de la félicité, de la vertu et de l’amitié exprimée en particulier dans l’Ethique à Nicomaque (p. 97-124). Les cinq chapitres de la seconde partie examinent l’inversion radicale des présupposés classiques opérée par Hobbes, les caractères de sa pensée anthropologico-morale, les difficultés et les inco-hérences qui, selon l’A., traversent ce cercle de la philosophie hobbesienne.

La lecture de l’anthropologie hobbesienne à la lumière de la réflexion classique (et de la pensée hégélienne, qui demeure un point de référence constant dans ces pages) en oriente l’interprétation critique. L’A. repère une tension irrésolue entre “deux âmes incompatibles de la philosophie de Hobbes” (p. 203): en effet, la conception naturaliste de l’homme, dérivée des prémisses matérialistes et mécanistes, ne réussit pas, de l’avis de Ferrarin, à supprimer ces espaces irréductibles d’autonomie de la raison, de la liberté, de la conscience, qui s’affirment à l’intérieur du discours hobbesien, en dépit de ses objectifs et de ses ambitions systématiques.

Andrea Napoli, traduit par Frank Lessay