Cet article offre une comparaison intéressante et approfondie entre Hobbes et Leibniz concernant le problème de la conciliation entre liberté et contingence, et il présente notamment la critique leibnizienne du principe de raison selon Hobbes. Le principe de raison suffisante fonde-t-il une philosophie de la contingence ou du déterminisme ? Le point de départ de l’A. réside en une réfutation des interprétations selon lesquelles ce principe fameux leibnizien serait un “ principe de nécessité absolue” pour le définir, au contraire, “ comme le grand principe de la contingence” (p. 162). Le fait que la philosophie leibnizienne fût maintes fois accusée de détruire toute liberté humaine et de conduire à l’athéisme résulte en effet d’une lecture nécessitariste de sa philosophie dont l’A. trace la généalogie, d’abord chez Arnauld, puis chez Christian Wolff et dans l’Encyclopédie.
A partir de la controverse entre Bramhall et Hobbes et du commentaire que Leibniz en donne, l’A. examine la proximité de la pensée de Hobbes et Leibniz mais aussi leurs divergences, notamment en ce qui concerne le concours des causes, afin de montrer la spécificité et l’originalité du rationalisme leibnizien par rapport au nécessitarisme hobbesien, à travers notamment une notion élargie de l’idée de “ cause” et de “ condition” – la “ raison déterminante” – ainsi qu’une distinction entre le “ suffisant” et le “ nécessaire” que Hobbes, précisément, ne fait pas (p. 185-188). L’A. conclut à la présence chez Leibniz d’une contingence véritable qui lui permet d’échapper, à propos de la liberté humaine, au déterminisme de Hobbes et à l’interprétation nécessitariste du principe de raison suffisante qui est la sienne.
Delphine Thivet