L’A. offre une généalogie des commentaires de Hobbes de l’époque de Bentham à nos jours. A travers elle, il retrace l’articulation et le perfectionnement d’une lecture libérale du Léviathan, développée en une gamme d’approches interprétatives par un éventail d’écrivains de convictions philosophiques et politiques différentes. Ces derniers ont par diverses manières passé sous silence, déformé, obscurci, ou nié le message tyrannique ou despotique flagrant de ce travail, s’efforçant de préserver les aspects évidemment précieux de la théorie qu’il expose. Ces aspects, nous suggère-t-on – la théorie de la souveraineté, la conception des lois naturelles et positives, ou la caractérisation de la nature humaine –, ont été sub rosa séparés de l’argument en faveur du despotisme politique qui les exige en vérité et est exigé par eux. Par ce procédé, le véritable caractère de la pensée politique de Hobbes a été châtré pour satisfaire les penchants particuliers de ses interprètes.
D’un certain point de vue, l’A. ne fait que fournir un compte rendu intéressant et incisif des tendances dominantes de l’étude savante de Hobbes depuis le dix-neuvième siècle. Les héros de cet article sont ces “ vestiges (unreconstructed remnant) ” peu disposés à pallier ou à atténuer les considérations politiques de Hobbes dans le sens d’une libéralisation consensuelle : John Bowle, Basil Willey, C.E. Vaughan et Sheldon Wolin. D’un autre point de vue, l’A. montre bien comment des approches concurrentes dans le champ de l’histoire de la pensée politique peuvent superficiellement contenir des présupposés identiques, aboutissant de cette sorte à des conclu-sions peu originales. Ceci n’est pas surprenant puisque ces approches sont d’ordinaire développées en renversant plutôt qu’en rejetant les hypothèses de celles qui les précédent, si bien qu’elles se trouvent dans l’incapacité de répondre au programme établi par les prédécesseurs et les concurrents. La suite promise à cet article est attendue avec impatience, elle “ retrouvera, nous dit-on, le Hobbes tel qu’il émerge du texte du Léviathan, plus ancien et plus despotique ”.
Tim Stanton, traduit par Delphine Thivet