Médiéviste renommé, spécialiste des débats parisiens de la fin du XIIIe et en particulier de la question de l’éternité du monde, Luca Bianchi (Vercelli) s’intéresse dans cet article au destin de l’attribut divin de l’éternité chez quelques philosophes modernes des XVIIe et XVIIIe siècles. Il en conclut à l’ “effondrement” de la notion d’éternité conçue comme atemporalité au profit d’une nouvelle théorie de la durée éternelle successive. Il commence par analyser la manière dont Hobbes avait rejeté comme dénuées de sens les célèbres définitions du nunc stans héritées de Boèce (qu’il traduisait en anglais par la formule abiding now), car l’esprit humain (toujours successif) est incapable de concevoir une telle absence de succession. Cette question fait l’objet d’un débat intéressant avec l’évêque Bramhall dans les Questions concerning liberty, necessity and chance (cf. notamment p. 316-320 dans la traduction française de L. Foisneau, Vrin, 1999), ce dernier défendant le point de vue scolastique (thomiste) traditionnel et accusant Hobbes de mesurer Dieu par le temps humain. Egalement critiqué par Ralph Cudworth et Richard Bentley (qui avait exploité les théories newtoniennes à des fins apologétiques), ce concept de durée éternelle successive est en revanche popularisé par l’arminien Jean Le Clerc, John Locke, Pierre Bayle et se retrouve dans l’Encyclopédie. L’A. montre par ailleurs comment ces réflexions sur l’éternité divine restent solidaires, encore à l’époque moderne, du débat sur l’éternité du monde. On regrettera toutefois qu’il ait passé sous silence les thèses défendues vers la même époque par les théologiens sociniens, qui affirmaient ouvertement que “Dieu vivait au jour le jour”.

Jacob Schmutz