Nul autre vocable ne rend mieux la spécificité du phénomène politique que celui de pouvoir. Dans l’établissement de la société des hommes, son usage revêt une importance prépondérante depuis l’aube de la modernité. Il pèse encore aujourd’hui et peut-être plus que jamais d’un poids sans pareil sur toutes les sphères de la vie collective : institutions, justice, sécurité, gouvernement, etc. Mais la tâche de la philosophie politique ne consiste toutefois pas seulement à penser sa récurrence comme condition première de la cité. Elle doit s’ouvrir à l’explication de ses transformations dans le temps, à l’affrontement de sa diversité, bref à une histoire du pouvoir. Yves Charles Zarka relève justement ce défi en insistant à la fois sur la continuité du pouvoir comme “élément central du politique à l’époque moderne et contemporaine” et sur la discontinuité de ses manifestations selon les contextes. D’où le titre bien adapté aux ambitions de ce projet : Figures du pouvoir. La métaphore elle-même indique un renoncement à l’ontologie du politique et éclaire quelques prémisses directrices : le pouvoir n’est ni une “essence immuable” ni “séparable de la manière dont il est exercé”. De Machiavel à Foucault, de Hobbes à Vico, les grandes conceptions modernes du pouvoir sont abordées avec une volonté de mieux lire le temps présent. L’auteur pose enfin un diagnostic sur le politique au sortir du XXe siècle et frappe le néologisme d’“ultra-modernité” pour camper son analyse.

Gilbert Larochelle