La possibilité d’une traduction constitue pour le philosophe anglais, telle est la thèse de l’A., le critère d’intelligibilité même de toute pensée et la condition de toute compréhension. Il est montré comment, à travers ce que l’A. appelle la “traduction originaire”, Hobbes pense le passage des représentations aux dénominations en s’appuyant notamment – ce qui est pertinemment souligné – sur le modèle juridique du transfert de droits et non sur une théorie cratylienne de l’imitation. Ainsi l’A. n’hésite-t-il pas à utiliser l’expression de “contrat de langue” pour désigner l’institution initiale des mots qui s’accompagne de la création de normes, la règle d’association (association entre une idée et un mot) et la règle de cohérence par laquelle les locuteurs s’engagent à respecter cette association arbitraire. L’A. met ensuite en évidence la composante critique de la conception hobbesienne de la traduction en tant qu’elle constitue une mise en garde contre les dérives de sens du langage ordinaire, mais aussi plus particulièrement contre l’absurdité qui guette aussi bien le discours scolastique que tout discours philosophique qui prétendrait se dissocier de la langue ordinaire et créer un idiolecte. Ce dernier ne serait jamais qu’un “jargon”.
Delphine Thivet