Ce volume consiste en un recueil anthologique de passages d’œuvres de Hobbes et de Vico regroupés dans diverses rubriques thématiques de manière à proposer une sorte de comparaison philosophique directe entre les positions des deux auteurs. Le responsable limite son intervention à l’organisation des matériaux et à de brefs commentaires introductifs, laissant à chaque lecteur le soin d’élaborer son interprétation du rapport articulé et discuté qui existe entre la réflexion de Vico et l’œuvre de Hobbes. La conviction de Ratto est que, malgré une connaissance seulement indirecte de celle-ci, Vico possédait une familiarité qui n’était aucunement superficielle des doctrines hobbesiennes; et que, au-delà de l’opposition polémique nette et explicite à un auteur rangé parmi les adeptes modernes des conceptions impies des sceptiques et des épicuriens (et, en tant que tel, intégralement condamné), ces doctrines furent, en réalité, l’objet d’une “assimilation inconsciente” de la part du philosophe italien, “appelant de lui des réponses pour l’essentiel parentes”, à l’origine des “assonances significatives” et nombreuses que l’on rencontre dans les textes des deux auteurs (p. 17-18). Dans sa préface, Franco Voltaggio en vient à affirmer - de manière en vérité assez hardie - que, si l’on en juge d’après l’importance de ces convergences conceptuelles et argumentatives, “ on pourrait vraiment soutenir sans risque excessif que La science nouvelle, c’est le Léviathan reformulé en langue italienne ” (p. 14).

Après une introduction dans laquelle l’A. passe en revue de manière synthétique les principaux commentaires critiques du rapport Hobbes-Vico, les douze nœuds thématiques autour desquels se développe la comparaison textuelle concernent l’état de nature, la religion, le conatus, l’anthropomorphisme, la poésie et le langage, les passions, l’imagination et le génie, l’origine de l’Etat et les caractéristiques de la justice et du droit, l’utilitarisme, l’histoire sacrée et profane, la scientificité du savoir, les références directes de Vico à Hobbes. Le thème relatif au rapport verum-factum est intentionnellement omis, par une décision discutable, comme sujet déjà largement abordé par la littérature critique. Chaque rubrique s’ouvre sur l’indication des thèmes qui s’entrecroisent avec le thème principal et des mots ou phrases-clefs qui résument la pensée des deux philosophes, ainsi que sur un bref commentaire comparatif qui introduit les textes. Les passages de Hobbes, repris de la traduction italienne des Elements, du De Cive et du Léviathan, sont accompagnés de leurs versions anglaises respectives, empruntées à Molesworth. On peut trouver quelque peu bizarre le choix de reproduire aussi la traduction anglaise moderne des passages de Vico, tirés de l’édition définitive de La science nouvelle. Le vrai motif de perplexité, cependant, concerne la démarche méthodologique même de cet ouvrage, qui comporte la juxtaposition de passages isolés, parfois le rapprochement de simples phrases détachées de leur contexte, et qui, à notre avis, confère une certaine extériorité à la comparaison proposée, la privant de toute perspective historico-critique authentique.

Andrea Napoli, traduit par Frank Lessay