En vue de comprendre l’appréciation politique que Hobbes porte sur les principaux acteurs de la guerre civile dans le Béhémoth, Galimidi se propose d’analyser les trois clauses suivantes : 1) la loi de nature qui commande d’être loyal, 2) l’irrationalité de toute tentative de justification de la part du conquérant et 3) la distinction entre victoire et conquête. Conformément à la première clause, il n’est point surprenant que, dans le Béhémoth, Hobbes qualifie Oliver Cromwell de « conquérant injuste » ou d’ « usurpateur ». Sa déloyauté l’empêche, une fois rendu maître du champ de bataille, d’élever son pouvoir de fait au rang de la légitimité de droit (p. 70). La seconde et la troisième clauses rappellent la doctrine permanente de Hobbes qui, si elle veut bien considérer la guerre de conquête comme une manière acceptable d’accéder au pouvoir, condamne toutefois le caractère impie et irrationnel de toute rébellion. « L’unique personne qui puisse donc aspirer à acquérir la souveraineté par la lutte armée contre un souverain déjà institué est un conquérant étranger » écrit l’A. (p. 85). La conclusion de Hobbes dans le Béhémoth est soulignée avec pertinence : la victoire d’un parti rebelle ne peut, selon le philosophe anglais, se constituer en conquête, son unique issue possible n’étant point la réforme mais la destruction, tant de l’Etat défié que de celui qui veut s’établir.

María Lukac de Stier (traduit par D. Thivet)