L’hostilité ouvertement affichée à l’encontre de Hobbes, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, masque l’impact réel que fut celui du Léviathan. Ses lecteurs, en effet, montraient certaines réticences à admettre l’influence de Hobbes sur leur pensée, non pas tant par opposition intellectuelle – car nombre d’entre eux partageaient beaucoup de ses idées – que par crainte tout simplement d’être accusés de « hobbisme », synonyme, à l’époque, d’athéisme, d’égoïsme, de matérialisme et de libertinage. C’est dans cette perspective que l’A. ambitionne de montrer que si le Léviathan, oeuvre maîtresse de Thomas Hobbes, ne jouissait absolument pas de bonne réputation ou de large diffusion au sein des milieux académiques, elle fut toutefois lue par ses contemporains. Il est ainsi possible, pense l’A., de compter en vérité quelques-uns des principaux opposants de Hobbes parmi ses disciples. L’A. montre en particulier l’influence exercée par Hobbes sur Locke, alors même que ce dernier mentionne à peine son nom, sinon pour le rejeter.
Delphine Thivet