Stanlich emprunte à Joanne H. Wright (voir 6.2.39) son cadre d’analyse. Elle considère l’autorité maternelle sur sa progéniture comme un désavantage pour la mère : elle doit en effet à la fois assurer sa propre préservation et nourrir et protéger son enfant. L’attente de possibles bénéfices futurs apportés par un enfant un peu plus âgé semble en fait un mauvais calcul comparé au fardeau qu’il représente dans le moment présent. Son homologue masculin, tout aussi opportuniste que la mère mais solitaire, perçoit quant à lui l’avantage qu’il aurait à réduire la femme à l’état de servitude par le biais d’un contrat sexuel, conclu soit par la force soit par le caractère apparemment avantageux de l’offre. Le contrat sexuel préfigure le contrat social conduisant à la communauté politique par institution ou par acquisition. En consentant à devenir servante de l’homme, la mère perd sa voix et son indépendance tout comme elle perd la domination qu’elle avait sur l’enfant, puisque — tel est le principe hobbesien — ce qui appartient au serviteur devient propriété du maître. Alors que les familles sont déjà présentes dans l’état de nature, il n’en est pas de même pour les mariages, contrats légaux et autres engagements résultant de la législation du souverain. Ainsi, lorsque les femmes sujettes aux hommes intègrent la communauté politique, elles ne conservent ce statut que par le biais d’un contrat de mariage, c’est-à-dire, à l’unique condition que telle soit la volonté du souverain. Selon Stanlich, il n’est donc rien dans la théorie politique de Hobbes qui soutienne ou nécessite la domination des hommes sur les femmes. A partir de ces hypothèses et de ces réflexions, Nancy A. Stanlich, tout comme Joanne H. Wright, s’efforcent d’établir, d’une manière intéressante et qui donne fort à penser, des lignes d’argumentation et de tirer des conclusions laissées dans une large mesure implicites dans la philosophie de Hobbes. L’alliance du féminisme moderne et du contractualisme du xviie siècle nous semble à ce titre saisissante.

G. Wright (traduit par D. Thivet)