Cet article intelligent et documenté propose un examen du rapport entre la philosophie de Bacon et celle de Hobbes. L’A. dessine certains traits essentiels de la conception baconienne de la science, fondée sur la méthode inductive-expérimentale. Il s’arrête sur la vexata quaestio de la réception hobbesienne de la pensée de Bacon et sur l’émancipation progressive de Hobbes vis-à-vis du baconisme, mûrie à travers la découverte d’Euclide, la possible connaissance des idées de Beekman et la relation décisive avec les penseurs de l’entourage de Mersenne. Il discute enfin les différences radicales entre Bacon et Hobbes autour du statut démonstratif de la science et de l’idée de philosophia naturalis, montrant comment, chez Hobbes, le refus de l’induction au profit d’une conception déductive de l’enquête scientifique (conséquence du choix de la géométrie comme paradigme démonstratif) est intrinsèquement lié à une conception quantitative de la philosophie de la nature, en net désaccord avec la défiance baconienne envers le raisonnement mathématique. Bacon, tout en reconnaissant au discours quantitatif une fonction auxiliaire dans le cadre de la philosophie naturelle, en critique le caractère essentiellement abstrait parce qu’étranger à la mentalité expérimentale et à l’idéal d’une connaissance qualitative de la nature.

Andrea Napoli (traduit par F. Lessay)