L’A. compare la place qu’occupe le clergé dans la pensée de Hobbes à celle du malin génie dans la philosophie de Descartes. Janine Ribeiro soutient que la guerre de tous contre tous ne s’identifie pas chez Hobbes à un simple désordre ou à une simple absence d’ordre, mais résulte de l’existence d’une force adverse au sein même de l’Etat. Le conflit interne ne résulte donc pas de l’effondrement de l’Etat. Il n’est pas l’effet d’un défaut. Il serait plutôt, selon elle, la conséquence d’un contre-pouvoir se mouvant dans l’ombre, celui d’un clergé désobéissant. La guerre civile telle qu’elle est décrite dans le Béhémoth constitue le véritable état de nature, l’authentique menace contre laquelle Hobbes prend la plume. Dans Béhémoth, on voit en effet comment et pourquoi la condition de guerre apparaît : le clergé en est la cause principale. Les divers clergés, en prétendant détenir le monopole de l’accès aux choses spiri-tuelles, imposent une limite décisive à l’autorité du souverain politique. Le mélange d’espoir et d’effroi qui émane du clergé peut être d’une efficacité plus grande que les instruments avec lesquels le pouvoir laïc tente de contrôler les conduites. Par conséquent — juge Janine Ribeiro — combattre le clergé en démontant ses prétentions est essentiel pour qui cherche à assurer la paix civile. La conclusion hobbesienne, et celle de notre collègue brésilienne, apparaîtra certes tout à fait pertinente dans le contexte historique de Hobbes : qu’il nous soit cependant permis de douter de son universalité et de sa validité pour les temps présents.
María Lukac de Stier (traduit par D. Thivet)