L’idée originale de Hobbes consiste à déduire l’état de nature de la description de l’homme et de ses passions et, ensuite, à dériver l’Etat de cet état de nature. Mais la seule chose qui se déduit de l’état de nature, selon Pousadela, c’est la nécessité d’un Etat, non sa possibilité. La théorie hobbesienne n’offre pas, aux yeux de l’A., de récit des origines de l’Etat mais plutôt une base pour la fondation de l’autorité souveraine. Ainsi, l’état de nature n’est pas autre chose que la reconstruction imaginaire de la menace omniprésente dans laquelle se trouvent enfermées les sociétés humaines. Les hommes ont vécu et vivent sous des formes diverses d’ordres politiques plus ou moins défectueux, plus ou moins instables. L’état de nature est la condition qui menace de ressurgir lorsque ces ordres s’effondrent. Mais l’ordre, pour Hobbes, n’est pas naturel. Il ne se trouve jamais acquis car il résulte du consentement mutuel de tous et de chacun dans le pacte social. Pousadela justifie le sous-titre de son essai qui suggère le carac-tère artificiel du contrat hobbesien, en concluant que « le mauvais tour joué par Hobbes se révèle quand est mis en évidence que ce consentement, toujours tacite, inféré, implicite, se déduit simplement de l’existence même de l’ordre » (p. 377).

María Lukac de Stier (traduit par D. Thivet)