Kant’s Critique of Hobbes offre une étude accessible et perspicace sur les rapports entre ces deux éminents penseurs. Williams soutient que « la construction interne de la philosophie politique de Kant est systématiquement tournée contre les principales positions défendues par Hobbes » (p. 12). Prenant pour point de départ l’essai intitulé Sur le lieu commun, Il se peut que ce soit juste en théorie, mais en pratique, cela ne vaut pas, Williams examine le combat mené par Kant à travers un ensemble très large de questions morales et politiques. Les trois principaux chapitres du livre sont consacrés aux concepts de liberté, d’égalité et d’indépendance, développés par Kant contre Hobbes. Ces chapitres centraux sont précédés par un exposé des relations intellectuelles de Kant avec son ami silésien, Christian Garve, et suivis, en outre, de chapitres sur la révolution, le changement politique (peut-être le plus étonnant) et la société internationale. Chacun des chapitres est indépendant, ce qui entraîne — inévitablement — quelques répétitions de forme et de fond. Une certaine unité est cependant assurée par l’idée que le concept kantien de souveraineté n’est pas seulement supérieur à celui de Hobbes mais qu’il a en outre l’avantage d’offrir « la conception de la souveraineté politique la plus adéquate aux temps présents » (p. 232). L’idée d’une citoyenneté cosmopolitique en particulier (et tout ce qu’elle implique), conforte la thèse de la supériorité de la conception kan-tienne sur celle de Hobbes, car elle nous offre un ensemble de principes régulateurs plus adaptés aux besoins moraux et politiques de notre condition présente (ibid.).
Cet ouvrage sera particulièrement utile aux étudiants qui, par nécessité, par plaisir, ou quelque heureuse réconciliation des deux, s’intéressent aux relations intellectuelles de Kant avec Hobbes. Dans cet ouvrage, Williams donne manifestement sa préférence à Kant, et bien que sa présentation de la pensée de Hobbes soit toujours équitable, elle apparaît par moments assez réductrice, en particulier quand on en vient à des matières où Kant est beaucoup plus proche de Hobbes qu’on n’aurait pu le supposer. Parfois également on a le sentiment que le désir de distinguer les deux philosophies s’accomplit au détriment de Hobbes dont la pensée perd beaucoup de son relief. Il semble par exemple pédant d’observer que Hobbes parle d’un droit de chercher sa propre préservation, et non d’un droit à la préservation de soi (p. 69), quand corrélativement, aucune référence n’est faite aux remarques de Kant sur la préservation de soi dans ses Leçons d’Ethique, ce qui méritait au moins d’être brièvement mentionné. Dans le chapitre sur l’égalité, la position de Hobbes est semble-t-il admise à contre cœur, quand elle n’est pas tout bonnement sous-estimée. Le chapitre sur l’indépendance aurait beaucoup gagné selon nous à traiter de façon plus complète la conception hobbesienne de la souveraineté dans le De cive, tout au moins pour éclairer la théorie de l’autorisation qui lui fait suite dans le Léviathan. La question des relations internationales chez Hobbes, quant à elle, démontre nettement une tendance à exagérer la distance entre les vues de Hobbes et celles de Kant. Si c’est là matière à léger regret, Kant’s Critique of Hobbes demeure néanmoins un supplément bienvenu parmi les autres travaux de Williams sur la philosophie politique de Kant. C’est un livre qui éclairera toute personne intéressée par l’histoire de la pensée politique. Ses vertus manifestes — une indéniable clarté de pensée et d’exposition — compensent largement ses défauts.
Tim Stanton (traduit par D. Thivet)