Aspects of Hobbes est un livre remarquable. Il rassemble quatorze essais, parmi lesquels sept inédits s’inscrivant dans des projets plus vastes de l’auteur, c’est-à-dire l’édition du Léviathan chez Clarendon, ainsi qu’une biographie de Hobbes. Chaque essai est par lui-même un modèle de clarté et de précision dans lequel Malcolm combine à la fois un savoir enviable par son immensité et une érudition historique parfois étonnante tant elle est profonde et soucieuse du moindre détail. Si les lecteurs du Bulletin Hobbes connaissent sans doute déjà les articles intitulés « Hobbes and Spinoza » (publié dans The Cambridge History of Political Thought, 1450-1700, J.H. Burns et M. Goldie (éds.), Cambridge, p. 530-557) et « Hobbes, Sandys and the Virginia Company » (The Historical Journal, 24, 1981, p. 297-321), ils souhaiteront sûrement relire aussi celui consacré à la page de titre du Léviathan, à la fois original et important (« The Title Page of Leviathan, Seen in Curious Perspective », in The Seventeenth Century, 13, 1998, p. 124-155). D’autres essais du livre sont consacrés à Robert Payne, Charles Cotton, Pierre de Cardonnel et Gilles Personne de Roberval, personnages à l’égard desquels on ne disposait jusqu’à présent que de vagues données biographiques, leur vie contenant aussi peu d’événements marquants, il faut bien le dire, que leurs idées étaient compliquées ou abstruses. Or chacun de ces essais apporte quelque chose de nouveau à notre compréhension de Hobbes et surtout au développement et à la réception de ses idées.

Peut-être les essais qui retiennent le plus l’attention sont-ils ceux qui complètent l’ensemble. Le chapitre sur Hobbes et la critique de la Bible retiendra l’attention non seulement des philosophes mais aussi des théologiens. L’article sur la théorie hobbesienne des relations internationales est un réquisitoire court mais accablant contre le mauvais usage qu’ont fait de la théorie de Hobbes les théoriciens des relations internationales : le Hobbes de Malcolm est très éloigné de la caricature qu’ils ont façonnée, et si proche de Kant qu’il les ferait sans doute sourciller. Enfin, l’article sur Hobbes et la République des lettres européenne est tout simplement un « tour de force ». Beaucoup plus riche et éclairant qu’aucun autre ouvrage ou longue étude consacrée à ce sujet, il nous offre une réplique hobbesienne appropriée à l’élévation de Spinoza opérée par Jonathan Israel dans son ouvrage Radical Enlightenment.

L’esprit universel de Malcolm développe avec grande aisance un champ de références et d’interprétations aussi éclairantes que sobres. On ne saurait trop espérer que la qualité du travail accompli présage l’atteinte de la perfection lors de ses prochains travaux. Dans l’attente, nous conseillons vivement à chaque lecteur de ce Bulletin de consulter cet ouvrage. Quant aux plus riches ou aux plus chanceux, ils devraient déjà en posséder un exemplaire.

Tim Stanton (traduit par D. Thivet)