La première partie de l’article examine quelques-unes des difficultés suscitées par la théorie de l’obligation politique de Hobbes. Partant de la distinction proposée par Rousseau entre pouvoir de facto et pouvoir légitime, l’A. analyse la manière selon laquelle le philosophe anglais tente d’identifier les « lois de nature » avec des théorèmes de la raison, plus précisément, de conférer une légitimité rationelle au pacte fondationnel du pouvoir souverain, faisant ainsi coïncider le rationnel avec le juste. La seconde partie del’article compare la solution hobbesienne avec celle de Spinoza. Ce dernier suit les principes posés par Hobbes : il institue un pacte constitutif du pouvoir commun, affirme la même règle d’or que le philosophe anglais — « ne pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’il soit fait à soi-même » — sans mentionner toutefois les lois de nature hobbesiennes. Dans la « loi universelle de la nature humaine » sur laquelle il se fonde, Spinoza affirme que « chacun choisit entre deux biens celui qui lui paraît le plus grand, et entre deux maux celui qui lui paraît le plus petit ». L’obligation d’obéissance engendrée par le pacte ne se fonde donc pas sur un théorème rationnel, comme chez Hobbes, mais sur l’opinion des contractants à l’égard du bien ou du mal qu’il y a à la maintenir. Alors que la théorie de Hobbes renvoie au fondement rationnel de l’obligation politique, c’est-à-dire à la question de sa légitimité fondée sur les lois de nature, la doctrine spinoziste fait référence à un problème essentiellement pratique, à savoir l’organisation des ressources que doivent mettre en oeuvre ceux qui détiennent le pouvoir souverain afin de contenir les passions et les opinions qui justifient le maintien de la soumission et de l’obéissance. On pourra peut-être mettre en doute une interprétation si rationaliste de la doctrine hobbesienne.

María Lukac de Stier (traduit par D. Thivet)