La métaphore de l’Etat comme corps utilisée par Hobbes dans le Léviathan se présente, de l’avis de l’A., comme une relation métaphorique complexe, articulée à plusieurs niveaux, où la construction étatique est assimilée par degrés à un automate, un homme artificiel, un dieu mortel (ce dernier niveau, toujours selon l’A., possède le caractère créatif autonome de l’Etat, son être consistant en un processus continu de construction et de transformation des hommes, lesquels sont ses éléments constitutifs). Briguglia estime que la métaphore hobbesienne modifie profondément l’analogie traditionnelle entre la communauté politique et le corps vivant élaborée par les traités du Moyen Age et de la Renaissance et que, néanmoins, elle en reconduit certains éléments de fond. En identifiant la souveraineté non plus avec la tête du corps politique (comme Jean de Salisbury ou John Fortescue) ni avec le cœur (comme Marsile de Padoue), mais avec l’âme entendue comme principe de vie et de mouvement (donc de volonté), Hobbes substitue en effet à la relation d’interdépendance entre les diverses parties du corps (le concept central de la métaphore organiciste traditionnelle) une relation verticale de dépendance à l’égard de l’âme, dans laquelle cette dernière devient l’élément-clef de la métaphore, impliquant l’indivisibilité et l’absoluité de la souveraineté. De l’avis de l’A., cependant, Hobbes ne configure pas seulement, ainsi, une polarité entre l’âme et le corps sur le modèle dualiste qu’employait la tradition pour exprimer la relation entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, mais il réutilise aussi le concept traditionnel de plenitudo potestatis, qu’il ne réfère plus au pape mais au souverain civil. « De cette manière, conclut l’A., la dynamique métaphorique entre esprit et chair (qu’il reprochait à Bellarmin et que le De cive avait abolie) est reconsidérée de fait – au moins sur le terrain rhétorique –, mais encore le concept de plénitude du pouvoir – réinterprété selon une clef civile – est placé au sommet de la construction de l’Etat » (p. 78).

Andrea Napoli (traduit par F. Lessay)