Prenant pour point de départ une épistémologie constructiviste et une sémiotique nominaliste, l’auteur se propose d’élucider l’arrière-plan agnostique de la réflexion hobbesienne sur le Divin. Il distingue en premier lieu le sens strict et le sens large du mot « agnosticisme » et reconstruit la pensée de Hobbes à partir du chapitre XV du De Cive, du chapitre XII du Léviathan et du premier chapitre du De Corpore. Il en déduit ainsi que seule la droite raison dicte un nom adéquat pour désigner l’essence divine — existent — et que le terme Deus ne signifie rien de plus que la modalité concrète de la relation divine avec ses créatures (p. 139), c’est-à-dire la cause efficiente. Selon Hobbes, stricto sensu, nous ne possédons pas d’idée du Divin, car tout ce qui est pensable par l’être humain est fini, et en conséquence inapplicable à Dieu. A Lui seul conviennent donc les attributs négatifs, les indéfinis et les superlatifs, révélant sa perfection incommensurable et incomparable (Léviathan, ch. XII). La théologie philosophique hobbesienne est apophatique ou négative : si elle ne déclare pas l’être effectif de Dieu, elle offre néanmoins une connaissance adéquate de ce qui convient d’une certaine manière au Divin, et de ce qui est inconsistant dans une adoration déférente du Divin (p. 134).

Rigoureusement analytique et sans égards aucun pour la personne de Hobbes, Moya termine son bref essai en affirmant, de façon judicieuse nous semble-t-il, que Hobbes a nourri un scepticisme authentique quant à l’essence du Divin et qu’il a professé un agnosticisme de l’essence, mais non de l’existence.

María Lukac de Stier (traduit par D. Thivet)