L’auteur s’interroge sur la pertinence de la référence à l’œuvre de Hobbes comme paradigme de la modernité. Pour ce faire, il prend pour point de départ l’analyse que fait Cassirer de la modernité dans son ouvrage Philosophie des Lumières, où le penseur allemand met en évidence deux lignes ou moments de la modernité : premièrement, l’époque des grands systèmes hypothético-déductifs avec leurs explications métaphysiques aux XVIe et XVIIe siècles puis, celle de la recherche empirico-déductive contraire aux grands systèmes et explications absolus, initiée notamment à partir du XVIe siècle, mais imposée véritablement aux xviie et xviiie siècles, c’est-à-dire à l’époque des Lumières. Alfonso se demande ensuite à quelle modernité l’œuvre de Hobbes doit être circonscrite : sans nul doute à celle des grands systèmes. Puis il s’interroge : pourquoi Hobbes occupa-t-il une place à part dans l’histoire de la science ou de la philosophie anglaise ? La réponse tient selon lui au rejet dont le philosophe anglais fut l’objet de la part de ses contemporains. Pour les savants de son temps, Hobbes n’était pas suffisamment moderne : il rejetait les expérimentations et était résolument attaché à un rationalisme absolu et spéculatif. Pour les philosophes de son époque, son matérialisme et son relativisme moral faisaient de lui un véritable « démon » dont il convenait de s’éloigner le plus possible. Enfin, prenant appui sur l’ouvrage de Mintz — The Hunting of Leviathan —, l’auteur montre comment les conséquences, clairement irreligieuses, extraites des fondements philosophiques de la doctrine hobbesienne — à savoir le matérialisme et le nominalisme – furent véritablement la cause du rejet et du mépris de ses contemporains qui, derrière l’ordre de sa pensée, devinèrent chez Hobbes une certaine folie hérétique. D’un autre point de vue – le nôtre aujourd’hui –, Hobbes est le fondateur d’un des traits dominants du monde moderne, à savoir le matérialisme athée.
Signalons pour finir que le recours aux sources est trop faible pour que ces hypothèses aient valeur de preuves.
María Lukac de Stier (traduit par D. Thivet)