Cet ouvrage constitue les Actes du colloque « Hobbes, Descartes et la métaphysique », organisé par le Centre d’études cartésiennes de l’Université Paris IV-Sorbonne, en collaboration avec le Centre d’Études en Rhétorique, Philosophie et Histoire des Idées de l’ENS-LSH et le Centro di Studi su Descartes e il Seicento (Université de Lecce), qui s’est tenu en Sorbonne le 8 juin 2002. La particularité du volume est de rassembler des études de spécialistes de la philosophie de Descartes – Jean-Luc Marion et Annie Bitbol-Hespériès – et de spécialistes de celle de Hobbes – Cees Leijenhorst et Karl Schuhmann – en vue d’explorer, non pas tant la question de l’influence du philosophe français sur Hobbes bien que soit reconnue la « présence de Descartes, parfois implicite ou inavouée, comme interlocuteur de Hobbes » (p. 27), mais un problème plus spécifique au système philosophique de ce dernier, à savoir : « la façon dont le philosophe anglais a cherché à constituer, avec et contre Descartes, un privilège de la physica au sein de la philosophia prima » (Préface, p. 8). La préface rend hommage, d’une part, à Karl Schuhmann décédé avant la publication du volume, d’autre part à Yves Charles Zarka, le premier à montrer l’importance de la question métaphysique chez Hobbes (La Décision métaphysique de Hobbes. Conditions de la politique, Paris, Vrin, 1987, 1999), mais qui n’a pas participé au volume. La première étude rappelle les grandes lignes de la polémique entre Hobbes et Descartes : controverse scientifique d’abord à propos de la Dioptrique, métaphysique ensuite dans les Objections. Éric Marquer se propose de montrer en quoi elles furent liées. Il en examine les effets sur la pensée de Hobbes, notamment sur ses théories de la représentation et de l’esprit (mind). La deuxième étude, « La philosophia prima de Hobbes sur une alternative supposée au ‘système de la métaphysique’ », pose la question paradoxale de l’appartenance de la philosophie de Hobbes à l’histoire de la métaphysique : paradoxale lorsqu’on sait que Hobbes rejette la métaphysique. Dominique Weber montre comment le philosophe anglais privilégie l’élaboration d’une philosophie première dans laquelle se retrouve la considération de l’ens in quantum ens. Sa redéfinition de l’ens comme corpus et de l’esse comme accidens conduit Weber à s’interroger en dernier ressort sur le rapport de la philosophie première de Hobbes à l’ontologia. Dans la troisième étude (« Hobbes et Descartes : l’étant comme corps »), Jean-Luc Marion tente de restituer le « vrai débat », le « débat réel » (p. 59, 75) entre Hobbes et Descartes dans les Troisièmes objections et réponses. Pour lui, en effet, les deux auteurs se sont bel et bien affrontés d’abord sur la question de l’idée et de l’imagination, ensuite sur la question de la substance immatérielle. Il montre notamment que, contrairement à Descartes qui admet la primauté épistémologique des natures simples intellectuelles, le philosophe anglais ne reconnaît que les natures simples matérielles : « Hobbes, conclut ainsi Jean-Luc Marion, ne reconnaît de primauté qu’à la physica » (p. 77). Cees Leijenhorst souligne, dans la quatrième étude, les points communs entre Hobbes et Descartes au sujet de la théorie de la causalité : pris dans le courant de la « nouvelle philosophie » du XVIIe siècle, tous deux combattent la philosophie scolastique – en particulier l’aristotélisme qui l’inspire – au profit du mécanisme. Mais il s’attache, de manière intéressante, à mettre en évidence les limites de ce « consensus », à travers « la divergence générale qui sépare leurs projets métaphysiques » (p. 81), notamment sur la question de la nécessité, de la causalité première et des causes secondes, ainsi que sur celle de la causalité finale et de la volition. Plus loin, Karl Sshuhmann pose de façon fine et savante la question de Dieu chez Hobbes et se concentre plus particulièrement sur la conception philosophique qu’en forge le philosophe anglais. L’ouvrage se termine par une comparaison éclairante entre L’Homme de Descartes et le De Homine de Hobbes. Annie Bitbol-Hespériès situe cette étude de l’homme dans le contexte scientifique du xviie siècle et explicite la fonction de l’anthropologie au sein même des projets scientifiques des deux illustres philosophes.

Delphine Thivet