Comme l’auteur l’explique, son dernier ouvrage sur la vie et la pensée de Hobbes est destiné au grand public. Il est divisé en sept sections : (i) Vie, (ii) Métaphysique et Esprit, (iii) Philosophie morale, (iv) Philosophie politique, (v) Langage, Logique et Science, (vi) Religion, (vii) Actualité de Hobbes. Martinich reconnaît que ses arguments sont parfois présentés plus simplement qu’ils ne le seraient pour un autre lectorat. Les spécialistes de Hobbes y trouveront néanmoins leur compte, en particulier – et bien que cela soit pour des raisons différentes – dans les sections (v) et (vi). Le contenu de cette dernière ne surprendra assurément point quiconque possède déjà un certain degré de familiarité avec les écrits de Martinich sur Hobbes. La section (v) est quant à elle un exposé minutieux, juste et instructif d’aspects de la pensée de Hobbes qui ne reçoivent pas toujours beaucoup d’attention ; elle se trouve très utilement illustrée et est un modèle d’écriture explicative. La dernière section porte sur l’actualité de Hobbes (« Hobbes Today ») et offre un bref panorama des interprétations de Hobbes avant et après 1975 (la date choisie semble plus ou moins arbitraire). Dans la première catégorie, Strauss, Warrender, Taylor, et Watkins sont examinés et discutés en profondeur, Oakeshott et MacPherson un peu moins, Gauthier ne fait l’objet que d’une rapide critique. Dans la seconde catégorie, Hampton, Kavka, Darwall et Deigh sont exposés en détail. L’interprétation de Skinner sur la représentation chez Hobbes est combattue ; Tuck reçoit des éloges bien que ses affirmations sur le scepticisme comme problème fondamental de la philosophie de Hobbes soient jugées non prouvées. Lloyd est également loué : il semblerait déplacé d’imaginer que c’est en raison de la similarité, sur de nombreux points, des conceptions de Martinich avec les siennes. En fait, l’auteur ne craint pas de faire valoir ses propres conceptions et il rejette de manière plutôt abrupte ceux qui les ont mises en question : plusieurs de ses critiques, affirme-t-il, « se trompent complètement de cible » (p. 235). Comme pour s’assurer que ses jeunes lecteurs de l’université prendront son parti, il ajoute que les critiques sont attachés à une « vieille conception » de Hobbes, qui n’est plus soutenable aujourd’hui. En outre, comme si objecter le passéisme ne suffisait pas, il tente de les séduire par des références en notes de bas de page telles que ‘Buffy the Vampire Slayer’ (p. 183, note 6), ce qui produit chez l’auteur de cette recension un effet tout à fait contraire. Le plus grave défaut de cet ouvrage est qu’aucune référence n’est faite à des commentaires de Hobbes autres qu’anglophones. On ignore si Martinich est capable de lire une autre langue que l’anglais. En tous les cas, il aura manqué certains des commentaires récents les plus importants sur Hobbes, en particulier, ceux de Arrigo Pacchi, Convenzione itpotesi nella formazione della filosofia naturale di Thomas Hobbes (Florence, 1965), Karl Schuhmann, Hobbes. Une chronique (Paris, 2000) et Yves Charles Zarka, La Décision métaphysique de Hobbes. Conditions de la politique (Paris, 1987, 1999) et Hobbes et la pensée politique moderne (Paris, 1995).

Tim Stanton (traduit par D. Thivet)