L’A. tente de resituer la réception de l’enseignement de Hobbes sur la dépravation humaine dans le contexte des croyances religieuses de l’époque. Helen Thornton. affirme que les lecteurs de Hobbes réagissaient à la vision du philosophe anglais à la fois à partir de leur propre lecture de la Bible et à partir de leur adhésion à deux compréhensions plutôt différentes de la Chute et de ses effets corrupteurs sur la nature humaine. Dans un camp se trouvaient les adeptes de la ligne anglicane et catholique : selon eux, bien que la chute d’Adam ait corrompu la nature humaine, subsistait en l’homme un reste significatif de l’imago Dei imprimée par Dieu au moment de la création. Cette tradition mettait l’accent sur une appréciation plutôt élevée de la raison humaine et du libre arbitre. Les aristotéliciens et les anglicans qui partageaient cette vision réagirent fortement à la conclusion beaucoup plus pessimiste de Luther et Calvin, s’inspirant de la pensée d’Augustin ; etsuivie par Hobbes, selon laquelle la Chute avait radicalement effacé du genre humain l’image de Dieu, aboutissant ainsi à la dépravation totale. On pense notamment à l’essai de Luther intitulé Du serf arbitre. Ces idées et leurs antécédents religieux ont été entièrement exposés dans la série d’échanges qu’eurent John Bramhall – évêque de Derry, plus tard archevêque d’Armagh – et Hobbes, qui débuta en 1645, à la demande du marquis de Newcastle, par une conversation sur le libre-arbitre. Bramhall affirma l’existence du libre-arbitre ; Hobbes la nia. Les innombrables malentendus et récriminations qui s’ensuivirent expliquent l’acrimonie du débat. L’arminien Bramhall montra ce qu’il devait aux Pères de l’Église et aux scolastiques, Hobbes cita Luther et Calvin à l’appui de ses thèses. Le livre de Helen Thornton reflète bien l’accent croissant pour l’étude du contexte dans l’interprétation et l’intérêt accru des commentateurs pour les éléments religieux du Léviathan.
George Wright (traduit par D. Thivet)