Une tradition solidement enracinée a associé, très souvent avec des intentions polémiques et instrumentales, la pensée éthique hobbesienne au nom d’Épicure. Sergio réexplore les marges de cette pensée éthique pour faire émerger des nuances moins convenues dans l’éthique de Hobbes, en orientant dans des directions différentes et complémentaires la recherche d’affinités de pensée et d’inspiration. Ses analyses restent ouvertes, attentives à ne pas forcer les liens théoriques et historiques, sans proposer de schémas préconçus ni de synthèses unificatrices. Il reconstitue les points principaux de la conception hobbesienne d’une éthique dépourvue de fondement normatif naturel et légitimée sur une base juridique ; il s’interroge sur la présence et la signification qu’assument, dans ce contexte, certains éléments éthiques positifs comme la bienveillance et la piété ; enfin, il met en relation la réflexion éthique hobbesienne avec certaines « tendances apparentées » présentes dans la culture anglaise de l’époque, en particulier avec des aspects précis de la réflexion d’origine néo-stoïcienne représentée, en l’occurrence, par un auteur comme Abraham Cowley – ainsi qu’avec la réception des œuvres de l’écrivain satirique grec Lucien de Samosate. Chez Cowley (ami et admirateur de Hobbes, avec lequel il partagea l’exil parisien), Sergio constate « une évidente affinité avec certains points essentiels de la pensée hobbesienne » (p. 60), avant tout le pessimisme éthique et l’idée d’un homme dominé par les passions, éléments qui témoignent de ce que la reprise contemporaine de certains motifs de l’éthique stoïque n’était pas, en réalité, en conflit avec « l’absence de scrupules » de Hobbes dans sa façon d’affronter les thèmes éthiques. Dans la pensée hobbesienne aussi – selon l’A. – s’ouvre en fait un espace pour une éthique entendue « comme exercice privé, recherche ou poursuite de la paix spirituelle » (p. 62) : un moment qui, chez l’auteur du Léviathan, reste toujours subordonné à une condition de paix matérielle, mais où « l’espace privé de la vie de l’individu devient un espace de liberté conquis dans le respect de la loi » (p. 63). En ce qui concerne Lucien, connu aussi par la fréquentation de Jasper Mayne (traducteur anglais de ses dialogues et chapelain des frères Cavendish de Newcastle), Hobbes en reçoit surtout certains éléments sceptiques en harmonie avec sa propre condamnation du fanatisme et du sectarisme religieux, du prophétisme et de l’enthousiasme, phénomènes très répandus dans les années de la révolution puritaine et fermement combattus par les mêmes Cowley et Mayne, ce qui n’était pas fortuit. La contribution de Sergio s’inscrit dans le contexte d’une recherche à plusieurs voix sur l’idée de bienveillance dans la réflexion éthique moderne. La part consacrée à Lucien reprend avec de légères modifications un article déjà publié séparément (voir notre recension dans ce même bulletin, 4.6).
Andrea Napoli (traduit par F. Lessay)