Cet article fait référence à l’opuscule bien connu de Kant – Sur le lieu commun : il se peut que cela soit juste en théorie, mais en pratique, cela ne vaut rien – dont le sous-titre est « Contre Hobbes ». Si le traité ne mentionne que deux fois le nom de Thomas Hobbes, le lecteur peut cependant avoir l’impression que tout l’exposé de Kant est l’antithèse des enseignements de Hobbes. Les auteurs de cet article ambitionnent de montrer au contraire la similitude de leurs projets pédagogiques. Tous deux prennent pour point de départ l’hypothèse d’une inimitié naturelle des êtres humains et d’une tendance à la désobéissance. Tous deux soulignent également l’importance d’une monarchie constitutionnelle et l’importance du pacte faisant sortir les hommes de leur condition naturelle en remettant entre les mains du souverain un pouvoir absolu de coercition auquel fait pendant un devoir inconditionnel d’obéissance de la part des sujets. Cependant leurs fondements philosophiques différents les éloignent l’un de l’autre quant aux solutions proposées. Le platonisme de Kant, dans ses écrits politiques, s’oppose au nominalisme empiriste de Hobbes. Alors que Kant se propose d’expliquer comment changer la vie politique contemporaine conformément à certains idéaux rationnels a priori, Hobbes ne croit en aucun idéal a priori : c’est pour cela même que ses conclusions apparaissent aux yeux de Kant si terrifiantes.
María Lukac de Stier (traduit par D. Thivet)