L’article de Barbara Carnevali assigne à Hobbes un rôle de premier plan dans l’histoire philosophique du thème de la reconnaissance, concept polysémique que l’A. considère ici dans son sens intersubjectif d’attestation des qualités d’autrui, dans sa double valence anthropologique et sociale. Le « modèle hobbesien » (reconstruit par l’A. sous forme paradigmatique, en prenant comme texte de référence les Elements) est fondé sur le lien essentiel entre pouvoir et reconnaissance, exprimé par la complémentarité du pouvoir, de la gloire et de l’honneur. De cette façon, Hobbes assimile la reconnaissance à une stratégie de pouvoir qui se traduit par une lutte pour la conquête de l’honneur. Par là, la théorisation hobbesienne problématise de manière novatrice le thème de la reconnaissance, en plaçant au centre de cette relation intersubjective l’élément antagoniste et conflictuel et en exprimant (bien avant Hegel) l’idée moderne de la lutte pour la reconnaissance. La lecture de l’A. montre comment, dans le contexte égalitaire caractérisé par le droit à l’auto-affirmation individuelle, le besoin de reconnaissance prend chez Hobbes une importance centrale dans les dynamiques anthropologico-sociales, devenant « la clef de voûte de la vie commune » (p. 525), où la dimension intrinsèquement relative et comparative de la reconnaissance a pour conséquence la contestation, la concurrence, la rivalité comme caractéristiques constitutives des rapports entre les hommes. En soulignant l’importance des conflits de prestige, Hobbes attribue à la sphère des valeurs symboliques un rôle primordial dans la genèse de l’antagonisme réciproque : « voilà l’origine ‘mentale’, symbolique, de l’état de nature hobbesien. La guerre de tous contre tous n’est pas seulement (comme le voudrait la vulgate matérialiste) une lutte pour l’accaparement des ressources économiques, mais aussi et avant tout un duel pour le prestige » (p. 530). Dans ce cadre interprétatif, le conflit apparaît donc structurellement lié à une configuration anthropologico-passionnelle spécifique, où « la glory se hisse au rôle de ‘passion dominante’ (dans le double sens de dominante à l’intérieur de l’âme humaine et d’aspirante à la domination dans les rapports avec autrui) » (p. 531). Dans les pages de conclusion, l’A. souligne la persistance du modèle hobbesien dans les théories modernes de la reconnaissance (en particulier la sociologie de Pierre Bourdieu), et évalue ce paradigme théorique, fondé sur la réduction de la reconnaissance à une stratégie de pouvoir, comme une perspective partielle, inadéquate pour formuler des solutions alternatives à la conflictualité sur la base de laquelle s’interprète toute l’expérience anthoropologico-sociale.

Andrea Napoli (traduit par F. Lessay)