Richard Hörner est l’auteur de nombreux écrits portant sur la philosophie, la littérature et l’art, Lichtenberg et la Révolution française, les dessins anatomiques de Léonard de Vinci, l’Internationale situationniste et sa branche allemande, la ‘SPUR’, Ernst Cassirer, Aristote, le problème de l’avortement. Pour vastes que soient ses intérêts, il ne saurait passer pour un connaisseur confirmé de la philosophie de Hobbes et le lecteur de l’ouvrage publié l’an dernier sur Hobbes et Kant, dont il s’agit ici de saluer la parution, ne le sent que trop. Hörner tente de donner un aperçu de questions d’actualité relevant du vaste champ des « droits de l’homme » et de les confronter avec les systèmes philosophiques, ou plutôt les appréciations de Hobbes et de Kant. Il méconnaît le fait qu’il est très difficile de comparer par exemple le Léviathan et Projet de paix perpétuelle, dont en plus il ne perçoit pas les connotations ironiques ; quant à la tentative osée d’actualisation, elle ne peut qu’être davantage encore vouée à l’échec, a fortiori lorsqu’on fait des Nations Unies un « souverain potentiel » (p. 190) et qu’on tire ses exemples de la dernière guerre d’Irak ou des conflits militaires des années 90 dans les Balkans, ceci pour prouver la pertinence ou l’inadéquation d’une théorie politique qui n’a fait l’objet que d’une présentation très schématique au préalable et qui, en fin de compte, n’est décrite que de façon très vague. Il est bien difficile en effet, surtout lorsqu’on n’apporte pas de connaissances fondées, ou que celles-ci font peut-être défaut, de discuter de la possibilité de « troupes d’intervention » (p. 41) en s’en remettant tantôt à Hobbes tantôt à Kant comme garants philosophiques, eux dont les esquisses et les considérations sur la guerre et la paix ignoraient forcément tout des conflits du XXe et du XXIe siècle. Si l’on veut discuter de l’intérêt pratique de ces écrits, à supposer que cela soit pertinent, il faudrait le faire en tenant compte des guerres dont les auteurs avaient connaissance. Mais il faudrait alors s’appuyer également sur une réception adéquate des textes et sur une lecture sérieuse de l’importante littérature critique. Les citations proviennent beaucoup trop souvent d’Internet, voire de cette soi-disant « encyclopédie libre » Wikipedia, qui n’a rien de fiable. L’objectif de Hörner était d’élucider la question de savoir dans quelle mesure Hobbes et Kant contribuent au « développement d’une architecture de la sécurité internationale » (p. 217), mais le caractère problématique du point de départ de l’analyse, les faiblesses incontestables de la présentation et de la mise en œuvre du projet, ainsi que l’absence complète de prise en compte de l’état actuel de la recherche, sans compter de gênantes erreurs d’orthographe et de ponctuation, font qu’il est impossible de porter un jugement favorable sur cet ouvrage, rédigé sans aucun doute avec les meilleures intentions du monde. Confus, d’une conception très particulière, il n’apportera rien au lecteur familier des œuvres de Hobbes et de Kant.

Thorsten Paprotny (traduit par F. Willmann)