L’A. dessine avec précision les traits saillants de la réception de Hobbes par Shaftesbury, montrant qu’elle se caractérise par une interprétation modérée et équilibrée de la pensée hobbesienne, très éloignée de celle des adversaires plus radicaux du philosophe de Malmesbury. Dans ses divers écrits, à travers des références directes et indirectes à Hobbes, Shaftesbury réfute avec intransigeance le pessimisme anthropologique de ce dernier, son conventionnalisme éthique et son absolutisme politique, en reconnaissant une convergence entre ces éléments théoriques et les religions révélées qui se fondent sur une conception du péché et sur la prédestination, pour leur opposer les principes d’une bonté naturelle de l’homme, de son sens moral et de son instinct social, d’une liberté de penser et de culte soustraites aux injonctions de l’autorité politique et religieuse. Cependant, cette critique des idées hobbesiennes, qui traduit une profonde divergence entre les fondements conceptuels des deux systèmes de pensée, n’assume jamais le caractère d’une attaque personnelle. Shaftesbury distingue en réalité la philosophie hobbesienne de son auteur, reconnaît à Hobbes l’honnêteté et l’humanité des intentions, animées par un amour sincère de la vérité, et en apprécie l’anti-dogmatisme au point de situer sa pensée religieuse parmi les formes les plus modérées de l’athéisme, en y voyant un mixte d’athéisme et de théisme et en le disculpant de l’accusation de constituer un danger pour la morale.
Andrea Napoli (traduit par F. Lessay)