Serait-il étonnant qu’un livre qui contient une vaste discussion sur la doctrine de la Trinité comprenne trois livres en un seul ? George Wright nous offre en effet ici : (1) une traduction anglaise, avec le texte latin en parallèle, de l’Appendix que Hobbes substitua à la Revue et Conclusion de sa version latine du Léviathan (1668), traduction qui s’accompagne d’une introduction générale et d’un imposant appareil de notes explicatives (p. 1-173) ; (2) une courte monographie sur la théologie de Hobbes et ses ramifications, sous la forme de trois essais aux thèmes étroitement liés, « Hobbes and the Economic Trinity » (p. 175-210), « The Haunting of Thomas Hobbes » (p. 211-48) and « Hobbes in Exile » (p. 252-309) ; (3) une brève étude de l’historiographie des relations de Hobbes avec le christianisme, essentiellement conduite dans les notes de bas de page de ces essais et esquissée dans un court mais savant épilogue. Chacun de ces points serait le bienvenu en lui-même. Le fait qu’ils se trouvent tous trois rassemblés doit donc être présenté comme un ajout important et une mise au point érudite des écrits académiques existant sur Hobbes et la religion.

Que nombre des matériaux qui composent cet ouvrage aient déjà été publiés – notamment une version de la traduction de l’Appendix en 1991dans la revue Interpretation, le premier des trois essais dans le British Journal for the History of Philosophy en 1999 – n’en diminue point l’intérêt pour nous aujourd’hui. Il réside principalement dans le fait que sont prises au sérieux de très nombreuses remarques de Hobbes en matière théologique et que certaines d’entre elles sont exposées aux lecteurs d’une manière accessible. Plus particulièrement, cet ouvrage fournit un certain nombre de raisons qui laissent penser que la théologie de Hobbes joua un rôle décisif dans le rapprochement de sa politique et de sa philosophie. Trois thèmes importants émergent : le rôle de Dieu comme cause première, la matérialité de Dieu et le rôle de Dieu en tant qu’objet de foi. Le premier garantit la théologie politique du Léviathan, le premier et le deuxième l’attaque de Hobbes à l’égard du catholicisme romain, le troisième sa défense de la liberté de pensée et de la liberté religieuse. Ces thèmes sont traités de manière nuancée et avec compétence même si telle insertion de détail fait question. Si les deux premiers thèmes convainquent largement, le troisième entraîne moins l’adhésion. Il nous semble en effet difficilement conciliable avec le matérialisme et le nominalisme de Hobbes.

Il est impossible, dans une courte recension, de rendre justice à toutes les richesses présentes dans ces pages. Souvent, une simple suggestion ouvre la voie à une recherche ultérieure (par exemple, p. 299) ; parfois, l’auteur simplifie habilement une question complexe (par exemple, les notes p. 148-149). L’A. témoigne tout au long de l’ouvrage d’une constante courtoisie, reconnaissant ses dettes à l’égard de certains auteurs et questionnant les prémisses et conclusions de certains autres (une déconstruction plus élégante que celle offerte p. 180, note 22, est difficilement imaginable). Il faut reconnaître en outre que Wright a été particulièrement gâté par ses éditeurs : ces derniers lui ont en effet offert un texte élégant et bien illustré. Cependant, ce point positif semble compromis par un prix peu abordable pour les chercheurs indépendants et pour certaines bibliothèques universitaires aux faibles moyens et, plus trivialement, par son poids extraordinaire. Mais les éditeurs rétorqueront sans doute que tel est le prix à payer pour quiconque désire bénéficier de trois livres en un.

Tim Stanton (traduit par D. Thivet)