La nouvelle édition de la première philosophie de l’esprit (1803-1804) par Myriam Bienenstock est particulièrement bienvenue, et ce pour trois raisons : 1) L’ancienneté relative de l’édition due au regretté Guy Planty-Bonjour – édition par ailleurs épuisée – utilisant le texte établi par Johannes Hoffmeister en 1932. 2) La découverte au début des années 1970 de nouveaux fragments en partie relatifs à la philosophie de l’esprit. 3) Enfin, l’édition scientifique définitive de l’ensemble de ces textes dans les Gesammelte Werke ; volume 6 pages 265-326 pour ce qui concerne les textes déjà traduits par Planty-Bonjour, volume 5, pages 27-42 pour ce qui concerne les textes récemment découverts. La préface de la traductrice décrit précisément l’ensemble de ces matériaux et l’édition préserve, comme il se devait, le caractère fragmentaire de ces textes tout en conservant la numérotation établie par les éditeurs allemands.
Disons de suite que cette nouvelle édition constitue par sa rigueur et sa précision un véritable modèle de travail scientifique. On appréciera notamment les lumières projetées sur le texte par les notes qui en éclairent considérablement le contexte et le vocabulaire. La traduction, précise et rigoureuse, complétée par des ajouts entre crochets toujours justifiés, rend parfaitement lisible un texte au demeurant fort difficile, et respecte la continuité nécessaire des choix de traduction. Dans l’ensemble, ces choix sont inspirés par les traductions de Bernard Bourgeois : rapport pour Verhältnis, relation pour Beziehung, subsistance-par-soi pour Selbständigkeit, supprimer pour aufheben... Soulignons cependant deux singularités ; tout d’abord la traduction de Differenz par
Un Essai d’interprétation génétique – centré sur le concept d’esprit – fort instructif accompagne enfin le texte. Il incarne admirablement la nécessité évoquée dans la préface (p. 6) de reconstituer non seulement l’élaboration du système hégélien, d’en préciser les concepts, mais d’identifier également les constellations du dialogue philosophique. On y retrouve les idées déjà exprimées par M. Bienenstock en d’autres lieux, comme l’influence décisive de Herder sur Hegel . On appréciera par exemple les développements relatifs au spinozisme (p. 140 sq.) ou à la conscience comme « concept » de l’esprit (p. 152-160). L’essai est accompagné d’une large bibliographie. On regrette cependant qu’un index rerum n’ait pas été adjoint à une édition de si grande qualité.
David Wittmann