Leo Rauch, ancien professeur de philosophie au Babston College, présente une nouvelle version anglaise de la section Self-consciousness (Autoconscience) dans la Phénoménologie de l'esprit – section ici désignée comme le "Chap. IV" de cette oeuvre –, ainsi que du passage correspondant tiré de la Propédeutique philosophique de 1809. Dans une Seconde Partie qu'il signe pareillement, il propose un commentaire intégral de ces textes, laissant à un jeune collègue (David Sherman, "doctoral candidate" à l'université d’Austin, Texas) le soin de présenter dans une troisième partie un large éventail des prises de position qui, dans la modernité philosophique occidentale, se veulent une critique et une "répudiation" de cette pensée – Georges Bataille, Gilles Deleuze, Jacques Lacan, Jürgen Habermas et Axel Honneth.

Un simple mot sur les traductions en cause. Leo Rauch s'est donné la liberté de scinder les paragraphes qui lui paraissent trop longs – un système de numérotation permettant cependant de restituer le texte original dans la structuration voulue par Hegel. C'est là introduire une pré-interprétation du texte dans le texte même, et manquer, par cet artifice, une donnée de prime importance, celle du rythme et des respirations décidées par l'auteur. Par ailleurs, aucun index ne nous avertit des décisions prises par le traducteur lorsqu'il s'agit des principaux termes ; il faut donc pratiquer le texte dans son détail pour apprendre par exemple que das Aufheben est rendu par the overcoming – ce qui semble faible pour rendre la contradiction que porte le terme allemand, dont n'est retenu ici qu'une sorte d'unilatéralité victorieuse... Quant à la partie consacrée au "commentaire", elle s'avoue d'emblée comme une "discussion" du texte. Il faut cependant rendre hommage au souci affirmé de laisser ce texte parler lui-même – ce qui, il est vrai, est difficile lorsque l'on ne prend pas en compte la structure de l'oeuvre dans son ensemble. La référence à la "littérature secondaire", principalement française, n'excède pas l'ère Hyppolite/Kojève – ce qui nous renvoie avant les efforts engagés depuis lors pour discerner la "matrice logique" sans laquelle il semble difficile de rendre compte vraiment de ces textes. Enfin, une référence à Maître Eckhart (p. 117) est nettement au désavantage de ce dernier – ainsi est-il affirmé que son argument est "mystique et par conséquent contre-relationnel dans ses assomptions (?) et critères fondamentaux" (c'est moi qui souligne). Il en va pourtant en ce passage d'une certaine intelligence de la vacuité ou du rien – réalités sur lesquelles Hegel, comme on le sait, s'est déclaré très proche du mystique rhénan...

Pierre-Jean Labarrière