D. Emundts et R.-P. Horstmann – appartenant l’un et l’autre à l’Université Humboldt de Berlin – proposent avec cet ouvrage une version considérablement augmentée d’un article paru en 1998 dans la Routledge Encyclopedia of Philosophy. À la différence de l’ouvrage de Schnädelbach, le présent opuscule n’a guère l’ambition de situer la philosophie hégélienne dans son arrière-plan historique. Le centre de gravité est ici constitué d’une présentation des ouvrages principaux de Hegel – depuis les écrits de jeunesse jusqu’à l’Encyclopédie de Berlin. Les auteurs ont notamment le mérite de présenter les traits principaux de la philosophie hégélienne dans une terminologie largement non hégélienne. De fait, il est bien plus simple de paraphraser les pensées de l’auteur de l’Encyclopédie en se fixant étroitement à son vocabulaire que d’expliquer celles-ci en conservant une certaine distance à l’égard du vocabulaire. Cela conduit toutefois, en certains passages, à l’usage de tournures que Hegel aurait considérées comme inadéquates – ainsi lorsque la subjectivité est caractérisée comme « marque » (Merkmal) de la nature (p. 88) ou lorsque l’esprit est caractérisé comme un « état de chose » (Sachverhalt) (p. 95). Trop externe au système est assurément aussi la critique répétée selon laquelle Hegel n’aurait pas fourni de « justification philosophique élaborée » (p. 33) de sa conviction de la rationalité de l’effectif : car ce reproche n’a de sens qu’à admettre qu’une telle justification puisse être opérée autrement que dans la réalisation détaillée d’un système qui récupère progressivement cette présupposition. Ceci mis à part, l’ouvrage atteint son but, particulièrement dans les analyses de la Phénoménologie de l’esprit et de l’Encyclopédie des sciences philosophiques. Il faut saluer, entre autres, dans la dernière section, le recours à la critique hégélienne de la métaphysique classique dans le cadre de la discussion portant sur la logique du concept.

Thomas Posch, traduit par Gilles Marmasse