La mort n’est pas ici envisagée comme objet d’interrogation, mais comme révélatrice du rapport entre l’universel et le singulier, et traversant à cet égard toute la problématique du système hégélien. Comme l’auteur l’indique bien, il s’agit, à travers le refus de l’abstraction, de la vie même du Concept, qui ne se réduit pas à un genre, mais, par la dialectique instituée entre le genre et l’individu, nous fait retrouver le sens même de l’effectivité concrète de l’universel et du singulier. La relation en effet de celui-ci à celui-là n’implique pas seulement la mort pour l’individu, mais ouvre, par le connaître, la dimension même de la vie de l’esprit, où l’universel se reconnaît par et dans le Sujet qui l’exprime et s’exprime alors comme vrai lui-même. D’où l’explicitation progressive par l’auteur, au travers de tout le livre, de la fameuse formule selon laquelle la mort de l’individu vivant est la venue-au-jour de l’esprit.
En choisissant cette thématique, on s’inscrit au cœur du mouvement dialectique du Concept, et c’est pourquoi G. Jarczyk propose en une première partie une explication détaillée de l’écriture logique de la mort. Elle nous rappelle d’abord comment le Concept, loin de tout processus abstractif, se forme intérieurement par la négativité même qui l’identifie à soi, de l’Etre et de l’Essence jusqu’à lui-même, dans le mouvement de ses différences et de ses déterminations. Mais cette identité différenciante éclaire alors très bien le rapport de la logique au système qui en est l’ampliation. Soulignons à cet égard la comparaison particulièrement juste (p. 57 sq.) entre la fonction du passage sur l’Idée comme vie qui se sursume dans le connaître, à la fin de la Logique, en ouvrant celle-ci à la Nature, et le destin de l’individu vivant qui, dans sa mort, à la fin de la Philosophie de la nature, mène justement à l’Esprit. Les développements sur l’universel, le singulier, l’individuel et le sujet, font alors comprendre que l’universalisation du singulier est en même temps la condition de l’authentique singularisation de celui-ci, comme inversement la singularité conceptuelle exprime l’universalité concrète. C’est le rapport de l’individu au Sujet qui est alors en jeu et restitue à la différence apparemment mortifère entre le singulier et l’universel sa vraie fonction discriminatoire de l’authenticité du Sujet concret comme esprit qui supporte la mort.
Après ces développements très pertinents, l’auteur se consacre, en une seconde partie, aux configurations phénoménologiques de la mort, qui, sous cet éclairage, retrouvent une nouveauté spéculative. On apprend encore quelque chose sur la dialectique du maître et du serviteur ou sur la mort abstraite de la Terreur, si l’on comprend que la reconnaissance est alors l’indication d’une individuation réciproque sur fond de différence par rapport au genre qui réduit à la seule vie naturelle. Le travail du négatif est celui de la médiation par laquelle la vie prend sa signification spirituelle sous le jugement originaire de la mort. D’où une ultime sursomption au confluent des trajectoires de la conscience (p. 227), lorsque la mort signe l’accès, par la négation du représentatif, au savoir spéculatif de l’esprit se sachant comme tel dans la présence de la communauté, et la reconnaissance du soi universel et singulier dans le savoir du présent ou la présence du savoir. Bel ouvrage donc, riche et informé, qui nous fait traverser en profondeur toute l’Encyclopédie, c’est-à-dire suivre la logique de la vie et de la mort qui ouvre à l’esprit du système.
Jean-Marie Lardic