Les deux volumes de la collection publiée à Trento présentent nombre de similitudes dans leur forme et dans leur conception de l’histoire de la philosophie. Ils témoignent de l’unité d’une collection consacrée à la pensée allemande et surtout à l’idéalisme (sur Hegel n° 6, 8, 10, 13, 15, 20, 22, 25-27, 30, outre les présents volumes). Leur érudition, la variété des références (bibliographies judicieuses et exhaustives des publications pertinentes de la Hegel-Forschung en italien, allemand, anglais et français), leur usage savant s’inscrivent dans la haute tradition italienne d’histoire et de philologie philosophiques. Leur lecture, toujours instructive, intéressera hégéliens et spécialistes des auteurs comparés au professeur de Berlin. En effet, les deux volumes sont des études de philosophie comparée portant sur « ce qui a poussé Hegel, dès sa prime jeunesse, à dialoguer avec les auteurs classiques, en particulier avec Platon et Aristote » (Nunziante, p. 11), « la pensée de Leibniz instaurant un colloque entre l’ancien et le moderne » (ibid.). Loin d’un improbable référent externe à l’aune duquel juger de systèmes aussi différents que ceux de Parménide, d’Héraclite (Erle) ou de Leibniz (Nunziante) par rapport à celui de Hegel – et réévaluant la lecture heideggérienne du rapport de Hegel aux Grecs (Erle), les auteurs privilégient la saisie interne par l’architectonique de l’Encyclopédie – tout en recourant largement aux autres écrits, de jeunesse notamment. Nunziante restitue d’abord le contexte de la réception de Leibniz (Brucker, Tiedemann, etc.) et la polémique sur le « vrai Leibniz » pour Kant, puis il montre l’évolution de la lecture qu’en fait Hegel, de Iéna à Berlin. À rebours de la Leibniz-Forschung qu’illustre excellemment Y. Belaval, Nunziante va de Hegel à Leibniz, montrant que le jugement du § 194 de l’Encyclopédie : « Die Leibnizische Philosophie ist so der vollständig entwickelte Widerspruch » est trop souvent pris négativement alors qu’il se déduit des concepts différents de sujet (monadique) et de contradiction dans « l’interprétation hégélienne de Leibniz » (sous-titre du volume). La présence leibnizienne est rémanente notamment dans la Naturphilosophie (chapitre 3, entre ceux consacrés à la logique et à la philosophie de l’esprit). C’est aussi au travers de la Naturphilosophie que le volume plus court d’Erle aborde les concepts que Hegel a fait siens des pensées d’Héraclite, Parménide, Empédocle, Platon, Zénon et Aristote. Après le classique Hegel interprete di Platone de G. Duso (Padoue, 1969), Erle ne donne pas de synthèse mais montre savamment dans l’articulation d’archè et de péras, d’ethos et de phusis – et notamment en regard de l’interprétation de Heidegger (chap. 2), l’axe des tensions de la Naturphilosophie de Hegel.
Gilles Campagnolo