Dans ce volume, qui réunit pour l’essentiel des textes que L. Sichirollo, malheureusement disparu en avril 2002, avait consacrés à la philosophie de l’histoire hégélienne, deux traits frappent immédiatement : d’une part la référence à E. Weil, dont les ouvrages, mais aussi les articles sur la place de la philosophie de l’histoire dans la Rechtsphilosophie, ou sur la question de la révolution chez Hegel, constituent une sorte d’arrière-plan de la réflexion ; d’autre part, l’attention extrême de l’auteur au langage hégélien, ce qui lui permet par exemple, dans le commentaire précis qu’il propose des derniers paragraphes de la Philosophie du droit, de réévaluer le rôle du peuple juif, ou d’éclairer telle ou telle allusion à la Grèce ou au monde médiéval. L. Sichirollo s’attache en tout cas à montrer que la philosophie de l’histoire de Hegel, loin d’être le produit de quelque construction métaphysique, découle simplement de la volonté de comprendre la réalité concrète du présent en en retraçant de manière régressive le devenir ; ou encore qu’elle est l’inverse même du conservatisme dont l’accusent parfois ses détracteurs ; la tradition est innovation constante, et la Weltgeschichte, essentiellement inachevée, n’a pour sens que de mener à une réalisation de plus en plus haute de la liberté concrète, même si le degré déjà atteint suffit à la philosophie pour rendre raison de sa possibilité comme possibilité historique. L. Sichirollo peut ainsi souligner, contre les tenants de la post-modernité, que le projet hégélien d’assumer l’héritage de la Révolution française en le liant à une critique des contradictions de la société issue de la révolution industrielle, conserve toute son actualité, au même titre que la philosophie de la liberté concrète qu’est en son fond la pensée de Marx. L’ensemble est complété par des textes dont l’objet est quelque peu différent : d’une part une étude des écrits pédagogiques qui souligne qu’il n’y a pas plus de pédagogie que de morale spécifiquement hégéliennes, le rôle du philosophe étant dans les deux cas, non d’édicter des prescriptions abstraites, mais de saisir les problèmes tels qu’ils se posent dans l’effectivité des institutions et de la vie éthique. D’autre part, une présentation du livre consacré en 1932 à Hegel et au droit international par ce résistant de l’intérieur au nazisme que fut A. Von Trott zu Solz ; enfin une vue d’ensemble de la réception du hégélianisme dans la pensée italienne du XXe siècle.

Jean-Michel Buée