L’Histoire de la jeunesse de Hegel de Dilthey (1906) méritait d’être traduite en raison de l’influence qu’elle a exercée sur le commentarisme hégélien. C’est grâce à Dilthey que l’on commença à s’intéresser véritablement aux manuscrits de jeunesse (H. Nohl fut d’ailleurs son collaborateur direct), et il fut le premier à examiner rigoureusement l’évolution intellectuelle de Hegel depuis les années du Stift jusqu’à Francfort. L’interprétation de Dilthey appelle certes des réserves : accent mis presque exclusivement sur la dimension religieuse des écrits de jeunesse, affirmation que ceux-ci ont une orientation romantique, panthéiste et mystique – même si le commentateur reconnaît que cette orientation est tempérée par l’influence de l’historiographie de l’Aufklärung. Par ailleurs, Dilthey est à l’origine de la distinction radicale entre la « philosophie de la vie » qui serait caractéristique des écrits de jeunesse et la « logicisation de la vision du monde » propre à la Phénoménologie de l’esprit et à l’Encyclopédie. Dans sa remarquable présentation, J.-Ch. Merle fait le point sur l’articulation de cette interprétation avec la conception diltheyenne des sciences de l’esprit (typologie des visions du monde, affirmation selon laquelle la communauté est un sujet spécifique de croyances, etc.) et montre les oppositions qu’elle a rencontrées (J. Wahl, G. Lukács, J. d’Hondt, G. Lebrun…). La traduction de J.-Ch. Merle fournit au lectorat francophone une pièce essentielle de l’histoire de la réception du hégélianisme.

Gilles Marmasse