Poursuivant sa lecture de Hegel au prisme des écrits marxiens, l’auteur analyse ici les thèmes de la « lutte pour la reconnaissance » et du Volksgeist dans les deux « philosophies de l’esprit » d’Iéna : celle de 1803/04 (malheureusement, la traduction à laquelle il est fait référence est celle, aujourd’hui indisponible, de Planty-Bonjour, et non celle de M. Bienenstock qui fait maintenant autorité) et celle de 1805. Elle souligne dans son commentaire le fait que dans ces écrits, contrairement à ce qu’il en est dans la Phénoménologie de l’Esprit, le motif du combat pour la reconnaissance est mis en corrélation avec la question de l’appropriation originaire, qui joue un rôle décisif dans la théorie du droit naturel et dans le marxisme. Le travail adopte la forme d’un commentaire suivi des deux textes, visant à montrer que l’articulation de ces deux motifs (Kampf um Anerkennung et Volksgeist) permet à Hegel de surmonter les apories des argumentations jusnaturalistes. La « lutte à mort » est le schème qui permet à Hegel d’opérer le passage d’une « reconnaissance implicite » à une « reconnaissance explicite » (p. 51) ; le « peuple » est ce qui permet de contourner ce moment de la lutte à mort dans la genèse de la communauté et de l’universel. Ces deux notions sont ainsi ce qui permet à Hegel de « repenser le Contrat social de Rousseau » (p. 73). Ce commentaire des deux Realphilosophien d’Iéna est d’une lecture aisée et rendra service à ceux qui cherchent à s’orienter dans ces écrits difficiles. On peut regretter que les conclusions de l’analyse ne soient pas dégagées avec suffisamment de netteté, en particulier dans ce qui les distingue de celles des (nombreux) commentateurs qui ont, depuis Horkheimer et Habermas, tiré parti de ces textes pour combattre l’image commune du hégélianisme.

Jean-François Kervégan