« La nécessité de la chose » est un commentaire de la Préface à la Phénoménologie de l’Esprit dont le but est de « rendre Hegel dans un langage commun » (p. 12). Il s’adresse à un public débutant aux prises avec les difficultés que le texte hégélien oppose à toute première tentative de lecture, et ceci avec une dextérité appréciable. L’auteur se réfère principalement aux travaux d’E. De Negri. – Si ce commentaire peut faciliter une première lecture, il n’introduit pas pour autant dans la chose de la pensée hégélienne. Il suit en ceci une tendance répandue dans la littérature spécialisée qui consiste à rendre acceptables les formules hégéliennes en les ramenant à un « langage commun », ce qui leur ôte toute virulence, voire tout intérêt philosophique. C’est le cas, notamment, de la lecture de la négativité dialectique qui consisterait à ce que la pensée ne reste pas sur les différences fixes, mais les mette en relation (p. 53, 55). À part le fait qu’on ne peut pas faire grief à un Schelling d’y avoir manqué, ceci n’explique pas le paragraphe 18 de la Vorrede qui parle d’une médiation du devenir autre à soi-même avec lui-même. Pour introduire à cette pensée, il serait nécessaire, me semble-t-il, de souligner sans ambages que l’être-autre à soi-même est tout de même une figure de la contradiction dont nous savons depuis Aristote qu’il faut l’éviter, et que Hegel, par conséquent, aborde le statut de cette figure logique. L’habitude des textes hégéliens ne devrait pas nous rendre aveugles à cette difficulté fondamentale qui constitue en revanche tout l’intérêt de l’intervention hégélienne.
Bruno Haas