L’interprétation proposée par Paul Tillich (1886-1965) de l’œuvre de Hegel se place sous le patronage de Kierkegaard et se veut une contribution à la critique de l’ « essentialisme » hégélien, soulignant « le caractère insupportable du système clos et complet » (p. 27) que serait l’Encyclopédie. Toutefois, le théologien allemand reconnaît la force de la pensée hégélienne de la synthèse, entendue non pas comme élimination de l’altérité mais comme union avec celle-ci. Les leçons sur Hegel professées par Tillich en 1931-1932 à la faculté de philosophie de l’Université de Francfort, une année donc avant sa révocation par les nazis et son exil américain, sont essentiellement consacrées aux œuvres de jeunesse et à la Phénoménologie de l’esprit. Précisément, ces textes sont utilisés comme une arme permettant de critiquer la systématicité de la maturité. Tillich estime que la première pensée hégélienne serait issue, dans son ensemble, d’une réflexion sur le judaïsme et que son concept fondamental serait celui d’opposition (Entgegensetzung). La transposition ontologique et logique, y compris dans la Phénoménologie, ne serait finalement qu’accessoire. Même si ces interprétations sont d’une valeur exégétique discutable, elles représentent une pièce extrêmement importante de l’histoire de la réception hégélienne.
Gilles Marmasse