Le livre de Grau présente une intéressante lecture de la logique hégélienne, en l’interprétant dans son ensemble comme une théorie de la signification. En partant de la Logique de l’Encyclopédie, qui fait ici office de texte de référence, les implications sémantiques de chaque stade sont déterminées de façon précise et détaillée. Dans la perspective de Grau, l’idéalisme hégélien s’avère être un holisme radical et la logique une « théorie génétique de la signification » (p. 61) processuelle et autopoiétique. En se fondant sur cette interprétation conséquente, il devient possible de comparer la position hégélienne avec les prémisses modernes de la théorie de la connaissance, ce à quoi s’attache progressivement Grau dans le cours du texte, pour le réaliser de façon assez systématique à la fin de l’ouvrage. En particulier, il parvient à mettre en évidence « la proximité étonnante entre Hegel et Quine » (p. 184), tout en exhibant les différences entre les deux penseurs. Parmi les nombreuses thèses du livre, on peut retenir l’affirmation selon laquelle Hegel éliminerait les termes singuliers, ce qui permet à Grau de le rapprocher entre autres de Rorty. Il serait intéressant de relier ce point avec la façon dont Grau traite de Brandom, qu’il est nécessaire de placer dans la proximité à la fois de Hegel et de Rorty, mais qui ne renonce pas pour autant à l’importance des termes singuliers. De telles questions demeurent captivantes pour l’avenir et devraient faire l’objet de nouvelles discussions à la suite des réflexions de Grau.
Thomas Auinger, traduit par Olivier Tinland