Sans doute le premier ouvrage en langue française à rendre compte, avec quelque ampleur, de la Philosophie de la nature de Hegel, La Naturalisation de la dialectique résume en son titre la problématique qui le sous-tend : comment une pensée, inédite dans les ressources discursives qu’elle met en œuvre, peut-elle intégrer au projet fondateur d’une Wissenschaftslehre l’ensemble disparate et contradictoire du matériau scientifique que le penseur Hegel a devant lui au début du XIXe siècle ? La réponse tient en une démarche qui se déploie selon un triple mouvement. Il s’agit d’abord, une fois qu’on a délimité le sens recevable d’expressions par ailleurs reçues (« idéalisme allemand », « Naturphilosophie »), de situer le projet hégélien d’une « Naturphilosophie scientifique » à la fois par rapport à ceux qui le précèdent immédiatement et dans son économie conceptuelle propre (la nature est « aliénation de l’Idée », I, 3). Ensuite, la deuxième partie de l’ouvrage s’emploie à montrer comment l’intégration – sans réduction de leur autonomie – des données positives au discours spéculatif ne relève ni d’une appréhension se situant en surplomb ni d’une simple transcription (alors nécessairement arbitraire) des premières dans la seconde. Si la Philosophie de la nature n’est donc pas une épistémologie au sens habituellement admis, elle a une portée épistémologique que condense le chapitre III (« La correction dialectique ») de cette deuxième partie (« Critique et fondation dialectique »). En conséquence, il convient de mettre à l’épreuve, dans un troisième temps, l’appréciation que résumait le titre du moment précédent : comment l’intégration des productions d’entendement dans le discours spéculatif recouvre-t-elle en même temps une intervention philosophique au sein de la polémique scientifique ? Abordée d’abord à partir de problèmes généraux cette question trouve un terrain d’exemplification privilégié avec le cas de la chimie (III, 4). On l’aura compris : s’il s’agissait de combattre d’abord « une injustice » puis, surtout, de déployer les ressorts insoupçonnés d’une entreprise qui ne laisse pas d’interloquer, la chose est faite.

Alain Lacroix