« Polemos est le père de tous les êtres, le roi de tous les êtres » dit Héraclite (fr. 53). C’est la dimension polémique, occultée par toute une tradition, de l’histoire de la philosophie, de l’histoire des sciences et de leur articulation, que cet ouvrage vient réactiver. Il constitue une sorte d’ « agrandi » du dernier chapitre de La Naturalisation de la dialectique, lequel est ordonné à l’idée que, s’il n’y a pas chez Hegel de « philosophie de la chimie », on y découvre une « philosophie chimique » qui est une intervention spéculative dans un champ complexe où, au début du xixe siècle, chimistes et philosophes sont pris dans un débat contradictoire dont la réalité déjoue toute approche réductrice. De cette réalité nous avons un aperçu à travers les nombreuses annexes jointes au texte. L’intérêt et le caractère stimulant de celui-ci résident cependant moins dans l’examen des développements hégéliens relatifs à la chimie que dans la tentative de donner un sens renouvelé à l’exigence d’une lecture contextualisée des textes, aussi bien scientifiques que philosophiques. À la suite de la redétermination de ces appellations que sont « l’idéalisme allemand » ou la « Naturphilosophie », il convient donc de conférer une signification enrichie et complexifiée à l’usuelle notion de contexte. Plus encore, à celle de refonte, seule apte à ressaisir au plus près la portée de l’intervention dialectique dans le domaine de la chimie. L’articulation critique de différents paradigmes (Bachelard, Foucault, Kuhn, Lakatos) s’impose alors ; cette dimension ne peut que retenir l’attention car elle est la tentative de répondre à une question que nul ne peut éluder : qu’est-ce exactement que lire Hegel aujourd’hui ?
Alain Lacroix