Auteur de travaux originaux (La ‘magia dello spirito’ e il ‘gioco del concetto’, 1998) et traductrice des Leçons de 1827 sur la doctrine de l’esprit subjectif, R. Bonito Oliva a rassemblé dans ce volume plusieurs études portant sur la philosophie hégélienne de l’esprit, et plus précisément sur le rapport entre individu et communauté, en tant qu’il est le problème central de la modernité. Comment (ré)concilier liberté subjective et liberté objective (éthico-politique) ? Cette question classique du commentaire hégélien est abordée à travers une lecture précise des textes et une discussion serrée des commentateurs récents. On lira avec profit une étude rigoureuse sur « la conception spéculative de la nature de l’homme », qui porte en particulier sur le rôle de la corporéité dans la constitution de l’identité du sujet comme « corps humanisé » (p. 63-93), ainsi qu’une mise au point précise sur la question fréquemment abordée par la littérature récente de la « seconde nature » ressaisie comme il convient à partir de l’anthropologie (qui est également l’objet d’un chapitre particulier) et de la théorie hégélienne de l’habitus. Signalons aussi deux beaux textes sur l’expérience de la douleur et sur « l’au-delà du destin » que réalise la liberté subjective. Cet ensemble contribue donc utilement à rectifier l’image encore dominante d’un Hegel sacrifiant la subjectivité sur l’autel de la « liberté objective ».
Jean-François Kervégan