L’ouvrage de Dirk Stederoth représente la première tentative d’un « commentaire comparatif » complet de l’esprit subjectif, qui met en regard non pas seulement les trois éditions de l’Encyclopédie mais également les manuscrits d’auditeurs encore inédits des Leçons. Stederoth se propose cependant non pas simplement de répondre ainsi à une « exigence philologique » mais, au delà, à une exigence « systématique » en vertu de laquelle il prétend répondre à la question du rapport entre logique et philosophie du réel et à la question du rapport du philosophe à son champ d’investigation. La mise en évidence de « différences » systématiques dans les diverses éditions de l’Encyclopédie et dans les versions successives des Leçons amène Dirk Stederoth au résultat inconfortable – à l’aune de la prétention avancée par Hegel – selon lequel la « pure connaissance de la ‘raison objective’ dans l’élément du sujet pensant empiriquement singularisé » se brise (p. 14). La seconde partie de l’ouvrage, bien plus ample, se révèle de grande valeur en maints passages, dans la mesure où le matériau historique sur lequel s’est appuyé Hegel est éclairé et inscrit dans le contexte scientifique de l’époque. Cependant, sous ce rapport également, la tentative de Stederoth pour mettre en évidence les « failles » en question se révèle problématique. S’il peut être très utile au lecteur d’apprendre qu’il y a eu ces changements d’organisation, on se demande cependant dans quelle mesure cette circonstance peut effectivement mener à une critique de la conception d’ensemble de Hegel. En réalité, l’esprit subjectif doit se lire de part en part lui-même comme un débat de Hegel avec la problématique du connaître.
Christoph J. Bauer, traduit par Gilles Marmasse