Comment élucider le paradoxe de l’historicité de l’esprit, tout à la fois histoire en ses figures multiples et concept un dans son identité logique ? C’est l’ambitieuse réponse de Hegel à cette question que Cl. Boulard se propose de dégager, en montrant comment la clef en réside dans la négation de l’immédiateté. S’il veut dire le sens de l’histoire, le philosophe doit connaître la vérité du passé et, fille de son temps, sa philosophie est elle-même historique. En ce sens, la recherche de la raison dans l’histoire est irréductible à un idéalisme critique ou subjectif : elle est profondément réaliste. L’exposé qui clôt les Principes situe chaque degré du développement de l’histoire et de l’esprit subjectif dans la totalité systématique de celui de l’Esprit absolu. Ce dernier est bien immergé dans l’histoire mais sous la forme d’un fondement logique. Aussi la tâche du philosophe consiste-t-elle à clarifier l’articulation entre acteurs de l’histoire et instruments de l’histoire du monde. Que l’esprit obtienne la forme de l’objet, c’est bien là l’exigence de sa liberté en même temps que la marque de la perfectibilité humaine. Pour autant, l’histoire n’est pas écrite d’avance : au contraire, l’universel qui s’y manifeste en autant de figures de la « ruse de la raison » survient aussi dans la contingence de l’histoire.
Ludivine Thiaw-Po-Une