Le mérite de cette première monographie en français consacrée au rapport de Hegel et la peinture est de prendre en considération aussi bien le caractère actuel de l’Esthétique au regard des développements de l’art contemporain que la dimension historisante qui a ouvert la voie à toute une tradition de l’histoire de l’art. La célèbre analyse de la peinture hollandaise met en place, par exemple, des catégories aujourd’hui décisives comme celles de « banalisation » ou de « dématérialisation ». Mais l’auteur déplore que Hegel n’en ait pas tiré toutes les conséquences et qu’il ait, d’une façon générale, « manqué la conceptualisation de l’art » ; son présupposé systématique l’aurait conduit à faire de la peinture un art du passé ; et la prétention « criminelle » de la philosophie au savoir absolu conduiraient finalement à l’échec de l’esthétique hégélienne. [Cette thèse ne manquera pas de soulever des interrogations. Peut-on réellement incriminer le philosophe d’avoir manqué les tendances de l’art du XXe siècle ou de ne pas les avoir toutes prophétisées ?] Il n’aurait pas été inutile de préciser au préalable les rapports qu’entretenait Hegel avec les tendances artistiques de son temps, ce qui a conduit la recherche la plus récente (ici passée sous silence) envisage ainsi de façon plus différenciée les rapports entre le système et phénomène, entre historicisme et contemporanéité. De même, les sources aujourd’hui disponibles des Cours d’esthétique auraient pu être prises en compte (leur contenu diffère nettement du texte de l’Esthétique établi par Hotho), tout comme certains textes du corpus hégélien et données biographiques élémentaires. Car, même s’il constitue une stimulante invitation à penser un thème dont il démontre la richesse et l’actualité, cet ouvrage n’applique pas jusqu’au bout à son objet la méthode historique qu’il revendique.
Alain Patrick Olivier