L’ouvrage d’A.P. Olivier explique la conception hégélienne de la musique et ses paradoxes – valorisation du bel canto au détriment de la musique instrumentale, critique de la musique religieuse ou nationaliste au profit de la musique légère – en l’inscrivant dans la biographie de Hegel mais également dans le contexte de la vie musicale allemande dans le premier tiers du xixe siècle. À l’aide de manuscrits inédits des auditeurs des cours de Berlin, l’auteur montre un certain nombre d’évolutions remarquables du philosophe (par exemple, on voit Hegel changer radicalement d’opinion sur la virtuosité musicale en 1829… au moment même où Paganini donne à Berlin une série de concerts) et maintes faiblesses de l’édition Hotho des Cours d’esthétique (qui, dans la section sur la musique, tend à gommer les « fautes de goût » de Hegel). Au sein de la littérature hégélienne, l’ouvrage se signale par son étonnante limpidité alors même que les analyses sont d’une grande force argumentative. La première partie de l’étude présente l’expérience musicale de Hegel, qui apparaît comme un mélomane passionné. Dans la seconde partie de l’ouvrage, l’auteur rend compte de la théorie de la musique proprement dite (théorie du rythme, de l’harmonie, des genres musicaux…). Nous avons ici affaire à une monographie au sens précis du terme : l’objet est exploré de manière minutieuse, exhaustive et convaincante, sans cependant prétendre à un élargissement vers d’autres problématiques hégéliennes.
Gilles Marmasse