Le livre de P. Trawny expose successivement, dans une approche comparative, les pensées hégélienne et schellingienne de la Trinité, centre spéculatif de la philosophie de la religion. Mais l’auteur se propose surtout de présenter le concept de temps et la philosophie de l’histoire qui trouvent leur fondement, selon lui, dans la philosophie de la religion, posant ainsi une nouvelle fois la question des rapports de l’idéalisme allemand avec le christianisme, dans l’héritage, notamment, de la réflexion de K. Löwith (Weltgeschichte und Heilsgeschehen, 1949), et selon une visée que son auteur veut « phénoménologique » ou herméneutique (p. 18), accomplie toutefois, ou plutôt rejointe, à partir d’une « reconstruction » historique. Le livre traverse ainsi un certain nombre de lieux classiques (ainsi la preuve ontologique) qu’il explore avec précision. Concernant Hegel, l’auteur développe particulièrement le concept de « présent (ou présence : Gegenwart ou Anwesenheit) absolu » comme « constitution temporelle » de l’esprit (p. 91). Ce nouvel exposé, qui revient aux philosophèmes évangéliques et à la tradition théologique pour en exposer l’intériorisation hégélienne, ne remplace pas le grand livre de H. Küng (Menschwerdung Gottes, 1970). Le moment schellingien présente de son côté la théorie des puissances, et se concentre sur les Weltalter et la Philosophie de la Révélation. La question de fond, celle de l’assise chrétienne de l’idéalisme allemand, reste cependant, heureusement, ouverte.

Emmanuel Cattin