Hegel promeut une histoire de la philosophie à la fois attentive à l’historicité propre des doctrines examinées et affirmant leur irréductibilité aux circonstances politiques ou religieuses qui les accompagnent. Le présent recueil propose des études qui examinent aussi bien le sens global des textes de Hegel sur l’histoire de la philosophie qu’un certain nombre de détails stratégiques. Pour le premier point, on retiendra notamment l’article d’A. Nuzzo, qui montre en quel sens la succession historique des doctrines parvient à s’articuler aussi bien aux catégories de la Science de la Logique qu’aux figures à chaque fois contemporaines de l’esprit absolu, et celui de V. Hösle, qui explique pourquoi l’idée qu’a Hegel de la philosophie se détermine précisément à partir d’une réflexion sur l’histoire de celle-ci. Pour le second point, la place de l’Inde dans la pensée de Hegel, la question de l’ironie et du scepticisme ou encore l’influence de Rousseau font l’objet de mises au point convaincantes. L’article de K. Thompson, en revanche, emporte moins l’adhésion. Il développe en effet l’idée selon laquelle l’histoire de la philosophie serait extérieure au système encyclopédique : en vérité, l’intéressant est plutôt de se demander en quel sens les syllogismes finaux de l’Encyclopédie peuvent s’articuler avec l’histoire des doctrines philosophiques.

Gilles Marmasse