L’ouvrage de Klaus Düsing, Subjektivität und Freiheit, regroupe un ensemble d’articles et de contributions rédigé entre 1980 et 1993 ; seule l’introduction, inédite, a été composée en vue de cette publication. Un des articles été publié en français sous le titre « Éthique et doctrine de l’État chez Platon et Hegel » (Louvain/Paris, 1997). Ce recueil trouve sa propre unité précisément dans l’étude de l’unité systématique de la philosophie allemande classique, l’articulation posée dans le titre entre subjectivité et liberté indique par ailleurs l’orientation essentiellement éthique de la réflexion de l’auteur. L’intérêt de ce livre réside dans plusieurs tentatives d’unification. La première consiste à relier deux époques décisives pour la réflexion sur la subjectivité : la pensée classique ne doit pas en effet devenir pour les sciences contemporaines (la neurobiologie, les sciences cognitives mais aussi la psychanalyse, la philosophie analytique) une espèce d’angle mort recelant un contenu inaperçu. La seconde repose sur les passerelles que l’auteur pose entre les sciences de l’esprit et les sciences dures et empiriques, entre une approche spéculative et une approche matérialiste de la conscience. La troisième enfin permet de désenclaver le système hégélien, parfois justement traité comme une entité à part et auto-suffisante, en rapportant la problématique contemporaine du lien esprit/matière à sa préformation dans l’idéalisme classique. L’ouvrage contient ainsi des développements décisifs sur la fonction spéculative de l’imagination chez Fichte et chez Hegel. La deuxième partie du recueil propose de comprendre les racines pratiques de la constitution du moi théorique et analyse précisément le différend entre Kant, Schelling et Hegel sur le statut de l’intuition intellectuelle. La confrontation, en dernier lieu, de la théorie de la tragédie chez Hegel et Hölderlin est l’occasion d’un éclairage singulier de la signification éthique du conflit tragique et de la manière dont l’infini traverse le fini dans l’œuvre d’art.
Isabel Weiss