Issu de cours donnés en 1985, ce petit livre développe une interprétation critique et une « reconstruction pragmatique » des paradigmes de la « raison historique » dans la philosophie classique allemande, largement inspirées par l’œuvre de Habermas. Il a entre autres le mérite de rappeler, contrairement à une interprétation reçue, que l’on ne peut réduire la raison historique, telle que Kant, Fichte ou Hegel ont tenté de la penser, à une « mécanique de la ruse » qui la rendrait « très pauvre en historicité » (p. 11). Le chapitre consacré à Hegel tente de montrer, à partir d’une lecture des « philosophies de l’esprit » d’Iéna, que le paradigme qui permet de penser la logique du passage d’une figure de l’esprit à une autre est « fondamentalement communicationnel » ; une interprétation qui est proche, on le voit, du Habermas de « Travail et interaction », et qui a le mérite de refuser la facilité des critiques externes au profit d’une critique immanente du paradigme métaphysique à l’aide duquel Hegel cherche à penser une raison dans (de) l’histoire.

Jean-François Kervégan